À la derive Affiche de film

À la derive

Sideways

  • Date de sortie: vendredi 28 janvier 2005
  • Genre: Drame

  • Réalisateur: Alexander Payne
  • Producteur: Michael London
  • Scénario: Alexander Payne, Jim Taylor
  • Studio: 20th Century Fox
  • Durée: 2h 06m
  • Site officiel: www.foxsearchlight.com/sideways/
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Critique

Le brillant réalisateur de films tels que Election et About Schmidt nous revient avec un des cinq meilleurs films de 2004. Alexander Payne poursuit son exploration des thèmes de About Schmidt avec Sideways une poignante et originale observation d’une crise de la quarantaine (ou de la mi-trentaine disons) terriblement réaliste.

Miles et Jack sont deux copains d’université. L’un est enseignant et écrivain raté, l’autre est un acteur qui ne trouve du boulot que comme annonceur dans des publicités. Maintenant à la mi-trentaine, Miles et Jack s’embarquent pour une semaine de bon temps dans la vallée des vins de Californie, avant le mariage de Jack à une jolie jeune femme de bonne famille. Mais alors que Miles ne désirent rien de plus que boire du bon vin et oublier les déceptions de sa vie ignoble pendant quelques jours, Jack ne pense qu’à s’envoyer en l’air une dernière fois avant de se marier.

À la dérive/Sideways regorge tellement d’aspects exceptionnels qu’il est difficile de savoir par où commencer. Les interprétations sont fantastiques, la réalisation sublime, la musique merveilleuse, le scénario d’une intelligence, clarté et délicatesse trop rares dans le cinéma américain. Le film prend la forme d’un « road trip » tout comme Schmidt et leur rythme est semblable, i.e. langoureux et sans presse. Et tout comme Schmidt, le scénario alterne constamment humour et gravité.

La métaphore vin=vie, ou plus particulièrement notre attitude vis-à-vis du vin représente notre attitude vis-à-vis de la vie, est on ne peut plus appropriée et donne lieu à des conversations extraordinaires, notamment une scène d’une beauté remarquable entre Giamatti et Madsen. Sauf que le brillant scénario de Payne et Jim Taylor (basé sur le roman de Rex Pickett) ne se limite pas au vin pour passer ses messages. Il n’y a qu’à entendre le titre du roman de Miles (The Day After Yesterday) pour comprendre en une phrase son personnage : il préfère se vautrer dans ce qui n’est plus, ce qui s’est passé hier, plutôt que de ce qui pourrait arriver aujourd’hui. Quant à Jack, la superficialité avec laquelle il apprécie le vin reflète bien sa façon de mener sa vie.

Un tel film s’appuie uniquement sur les personnages, et donc les acteurs, pour sombrer ou voguer. Et Sideways vogue comme le plus magnifique des navires, le vent plein les voiles. Ceci est dû d’abord à Paul Giamatti, un acteur sous-estimé qui commence finalement à obtenir du respect grâce à American Splendor l’an dernier et ce film cette année. Il est l’acteur parfait pour incarner l’homme de la rue, plein d’imperfections mais attachant et humain. Le film repose sur ses capables épaules et Giamatti répond au défi en offrant une interprétation pleine de nuance et de vulnérabilité.

Il est fort bien appuyé par Thomas Hayden Church dans le rôle de Jack, la balance idéale de Miles, le yin pour son yang. Jack semble exsuder la joie de vivre qui manque totalement à Miles mais ce n’est qu’une façon différente de combler le vide de son existence. Church évite la caricature dans un rôle très proche de son expérience personnelle. Virginia Madsen s’impose elle aussi avec une performance délicate et pleine de sagesse. Elle incarne une femme mature, en pleine possession de ses moyens et consciente d’où elle en est dans sa vie et de ce qui l’attend ensuite. La canadienne Sandra Oh complète le quatuor avec un personnage tout à fait dans ses cordes, miroir de Jack mais sans la superficialité.

Les interprétations font presque oublier les magnifiques décors naturels que Payne emploie, les paysages des vignobles californiens d’une beauté resplendissante. Associés à la musique de Rolfe Kent, les décors forment un enrobage délectable pour cette comédie dramatique où le comique comme le dramatique sont vrais. Le film se savoure justement comme un grand vin, en prenant son temps et en reflétant sur chacun de ses aspects : sa robe, ses effluves, le mélange adroit de ses saveurs et le goût qui nous reste longtemps en bouche.

par Nicolas Lacroix
vu en version originale anglaise

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