L'Île Affiche de film

L'Île

The Island

  • Date de sortie: vendredi 22 juillet 2005
  • Genre: Science-fiction/fantaisie

  • Réalisateur: Michael Bay
  • Producteur: Ian Bryce, Michael Bay, Walter F. Parkes
  • Scénario: Caspian Tredwell-Owen, Alex Kurtzman-Counter
  • Studio: DreamWorks Pictures
  • Durée: 2h 13m
  • Site officiel: www.theisland-themovie.com
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Critique

Le nouveau film de science-fiction L’Île de Michael Bay est une véritable expérience interactive. En même temps que les personnages de Scarlett Johansson et Ewan McGregor sont dupés à penser qu’ils ont une chance de s’évader vers « l’île », un paradis terrestre au milieu d’une Terre ravagée par la contamination, le spectateur est dupé à penser qu’il a une chance de s’évader au cinéma en voyant un bon film de science-fiction. La déception sera de taille des deux côtés. Après une intrigante première heure, le film de Michael Bay se métamorphose soudainement en rien de plus qu’un… film typique de Michael Bay (Armageddon, Mauvais Garçons).

Lincoln Echo Six et Jordan Two Delta sont deux survivants d’une catastrophe qui a ravagé la Terre et oblige les gens à vivre dans des tours scellées. Occasionnellement, les gens aux pouvoirs font tirer une chance de quitter le monde hermétique et d’aller vivre sur « l’île », un mythique paradis terrestre sans contamination. Mais en fouillant un peu et en questionnant l’existence « préorganisée » qu’on lui impose, Lincoln découvre que les apparences peuvent être fort trompeuses.

Ça doit être du cinéma concept : un film sur le clonage cumule les « emprunts » et les copies de façon éhontée. Ça commence avec le titre (copié sur un livre et film basé sur le livre de Peter Benchley), ça continue avec l’intrigue (plus de détails ci-après) et finalement, Bay se copie lui-même en reprenant la poursuite sur l’autoroute qu’on retrouvait dans Méchants Garçons 2.

Bay a beau nous tromper pendant presque une heure, offrant au spectateur un film de science-fiction dérivatif certes mais tout de même intrigant, à la minute où Ewan McGregor et Scarlett Johansson s’enfuient, le film devient une interminable poursuite comme on en a vu des centaines (particulièrement dans les films du même réalisateur). Et juste au moment ou l’espoir revient, allez hop, c’est reparti sur l’autoroute. D’ailleurs, après 40-50 ans de poursuites automobiles, pourrait-on s.v.p. envoyer le message à Hollywood une fois pour toute qu’elles nous emmerdent? Chaque foutu film d’action se croit obligé de nous balancer une poursuite en voiture, tank, moto ou autre véhicule sur roues.

Outre le sentiment de déjà vu omniprésent, le peu de contenu que contient L’Île s’inscrit tout à fait dans la tendance très « droite religieuse » des dernières années aux Etats-Unis. La même tendance au sein de laquelle « Dubya » Bush a sévèrement coupé les fonds pour la recherche usant des cellules souches, qui permettraient pourtant des avances incroyables en médecine comme la guérison de maladies actuellement incurables. Le scénario de Caspian Tredwell-Owen choisit tout à fait le point de vue conservateur : la science qui tente de s’interposer à la place de Dieu n’est pas bonne, dangereuse même. De plus, l’intrigue générale est un amalgame de Coma, Logan’s Run, The Clonus Horror et une foule d’autres films de science-fiction datant de 20 à 30 ans.

Ewan McGregor et Scarlett Johansson n’ont absolument rien à se reprocher. S’il y a une chose que Bay sait faire, c’est tourner de belles images et il ne déçoit pas sur ce plan. Les décors et les acteurs sont magnifiques. Ça s’arrête là, malheureusement. Michael Clarke Duncan nous donne probablement le personnage le plus marquant tandis que Djimon Hounsou aurait dû être gêné d’un personnage si artificiel, qui ne sert qu’à faire avancer l’intrigue et ce, maladroitement au maximum.

Dans son ensemble le film rappelle beaucoup La Paie/Paycheck, qui démarrait avec un concept pseudo-scientifique prometteur avant de le gaspiller complètement pour devenir une démonstration des pires tics de son réalisateur (John Woo dans le cas de Paycheck, Michael Bay dans celui-ci). Il faut voir le nombre de plans où Bay film le personnage d’en-dessous, sa caméra virevoltant sans arrêt pour donner un effet « grandiose ». À ce stade-ci, ça fait plutôt rire, surtout quand c’est utilisé 150 fois dans le même film.

Il s’agit donc d’un naufrage grandiose, d’un film idiot qui se croit brillant. Au moins, Bay aspire à plus que les spectacles vides qu’il a toujours tournés mais il faudra qu’il résiste plus efficacement à ses pulsions pour y parvenir. Je lui donne donc 2 étoiles et demie pour la première moitié, et zéro pour la seconde.

par Nicolas Lacroix
vu en version originale anglaise

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