Honey, I'm In Love Affiche de film

Honey, I'm In Love

Le grand départ

  • Release Date: December 19, 2008
  • Genre: Comedy

  • Director: Claude Meunier
  • Producer(s): Daniel Louis, Denise Robert
  • Writer(s): Claude Meunier
  • Studio: Alliance Vivafilm
  • Length: 1h 40m
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Critique

Le génie de Claude Meunier a frappé fort dans les années 1990 avec la diffusion de l’immensément populaire série télé La petite vie. Or, malgré tous les succès que l’auteur, comédien et humoriste a enchaîné au cours de sa carrière, il a fallu attendre à cette année pour le voir tenter sa chance derrière la caméra en tant que réalisateur. C’est lui qui a mis en images son propre scénario pour Le grand départ, une comédie dramatique où le démon du midi mène à l’éclatement d’un couple ensemble depuis de (trop) nombreuses années. Peu importe le projet, là où Claude Meunier puise sa principale force, c’est dans son humour. Ici, il est encore bien tapissé, mais il tombe parfois à plat parce qu’on a déjà entendu une bonne partie des gags.

À 53 ans, Jean-Paul en a assez de sa vie rangée avec sa femme Céline, son adolescente Myriam et son fils Guylain. Et puis, il est tombé amoureux de Nathalie, une artiste peintre de 28 ans qui a toute la fougue de l’âge. Un beau jour, il se décide enfin : il quitte la demeure familiale pour tenter de refaire sa vie. Mais rapidement, sa fille et sa femme se mettent de la partie, tentant tout en leur possible pour lui faire regretter sa décision. Et comme si ce n’était pas assez, son fils se découvre le béguin pour sa copine. Mais, par-dessus tout, c’est son corps qui le trahira le plus. Les efforts de Jean-Paul seront-ils suffisants pour mener la vie qu’il souhaite?

Ce qui marque le plus avec Le grand départ, ce n’est pas le thème maintes fois abordé de l’homme qui n’en peut plus de sa vie routinière avec sa femme et qui tombe dans les bras d’une autre beaucoup plus jeune. Non. Ce qu’on remarque d’emblée de jeu, c’est que Claude Meunier a tenu à se faire plaisir pour sa toute première réalisation en choisissant des comédiens (Marc Messier, Guylaine Tremblay, Rémy Girard, Diane Lavallée) qu’il connaît un peu, beaucoup… passionnément. Le hic, c’est qu’il n’a pas voulu leur offrir la chance de se balader dans son univers sans la présence d’éléments directement liés à ses œuvres phares. On pense ici au jeu du Scrabble qui fait drôlement référence au Monopoly de Rénald dans La petite vie ou encore à la mayonnaise et au symbole de la haie qui renvoient instantanément à la pièce Les voisins. Ainsi, on a une puissante impression de déjà vu qui ne s’estompe jamais complètement.

Les deux acteurs les plus choyés sont sans contredit Rémy Girard (fort efficace avec un personnage différent de ce qu’on lui donne généralement) et Patrick Drolet. Ce dernier campe à merveille un étudiant en psychologie qui n’attend de son père qu’une chose : qu’il assume ses actes. Fort colorés, les personnages sont aux prises avec des situations provoquant certains malaises; c’est ce qui rend le résultat positif. Le récit regorge d’ailleurs de ces moments où on peut à la fois rire d’une remarque et éprouver de l’empathie pour celui ou celle visé par les propos. En étant alerte, vous reconnaîtrez également quelqu’un que vous connaissez bien sous les traits du voisin voyeur qui habite en face de chez Jean-Paul et Céline.

Reste que Claude Meunier sait écrire des gags et trouve les moments où il doit les lancer. Sans aucune prétention, il expose ici une situation qu’une multitude de couples ont vécu quand monsieur a reçu la visite du démon du midi. Habité d’un cynisme dont seul l’auteur connaît la recette, le scénario aurait tout de même dû se concentrer davantage sur l’humour noir et l’exagération pour que tout ceci soit une grosse farce truffée de quelques bons sentiments. La scène où Jean-Paul imagine quelles pourraient être les conséquences de l’annonce de son départ à sa famille est un exemple parfait qui aurait pu servir à lui seul d’inspiration. Par contre, l’histoire a emprunté un chemin qu’il est difficile de suivre : celui qui veut qu’on saute allègrement d’une situation loufoque à un passage plus dramatique.

Somme toute assez divertissant, Le grand départ n’est malheureusement pas le passage tant espéré au cinéma d’un des hommes les plus drôles du Québec. Si la réalisation est trop léchée et ne révèle pas de fantaisies, on en vient aussi à regretter ces décors simplistes et en carton qui donnaient un cachet à la vie de la famille Paré. Il est impossible, après avoir vu cette comédie dramatique, de ne pas se dire que l’univers de celui qui restera à jamais gravé dans nos mémoires comme étant Ti-Mé et Pôpa a bien meilleure mine à la télévision que sur grand écran. Non, malgré toute la bonne volonté du monde et sans véritable faux-pas, certains succès restent bien difficiles à répéter…

Par Yan Lauzon

Vu en version originale française.

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