Dédé, à travers les brumes Affiche de film

Dédé, à travers les brumes

Dédé, à travers les brumes (v.o.f.)

  • Release Date: March 13, 2009
  • Genre: Drama

  • Director: Jean-Philippe Duval
  • Producer(s): Luc Vandal, Roger Frappier
  • Writer(s): Jean-Philippe Duval
  • Studio: TVA Films
  • Length: 2h 19m
  • Official Site: www.dedelefilm.com
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Critique

Dans le cinéma d’aujourd’hui, on a tendance à produire beaucoup de « biopics », ces films qui retracent la vie de gens connus, qu’ils soient des sportifs, des artistes ou encore des politiciens. On se dit que l’histoire d’une personnalité renferme son lot de joies intenses et de drames déchirants, les ingrédients parfaits pour alimenter convenablement un long métrage. On ne se gêne donc plus pour porter à l’écran le destin d’un disparu. Le dernier à voir sa vie étaler devant les yeux des cinéphiles est André Fortin, ancien chanteur et leader du groupe québécois Les Colocs. Avec Dédé, à travers les brumes, on plonge dans son univers intense, mais on en ressort un peu déçu.

Une onde de choc a secoué le milieu artistique québécois quand, le 8 mai 2000, André Fortin s’est enlevé la vie dans son appartement à Montréal. Celui que tous surnommaient affectueusement Dédé s’est fait hara-kiri, rongé entre autres par la perte de plusieurs êtres chers. Impliqué socialement et engagé politiquement, l’artiste a vécu sa part d’épreuves durant les années où il a chanté ce qu’il avait dans les tripes. Il s’est donné corps et âme dans la musique, a partagé joies et ses peines avec ses amis et les femmes qu’il a aimés. Tout ça à fond.

L’aspect incontournable d’un « biopic », c’est de trouver un acteur ou une actrice qui saura être à la hauteur de celui ou celle qui nous a quittés. On doit croire – à certains moments du moins – qu’on est en sa présence. Alors, pour Dédé, à travers les brumes, on peut dire mission accomplie à Sébastien Ricard. Membre du trio rap Loco Locass, le chanteur incarne Dédé avec justesse, grâce à une charge émotive intense. Son mérite est d’autant plus grand qu’il faut admettre que physiquement, il y a de sérieuses différences entre les deux hommes. Pourtant, Sébastien Ricard réussit à lui redonner vie, le personnifie de très belle façon. Fait surprenant, plus les minutes passent, plus la ressemblance est frappante. Peut-être cela a-t-il quelque chose à voir avec la confiance de l’acteur, qui semble motivé à l’extrême par ce défi. Tant mieux, en tout cas, car certains autres membres de la distribution sonnent faux. Et puis, on se demande encore pourquoi le rôle de l’agent des Colocs a été attribué à Louis Saïa…

Solides points d’ancrage, les chansons popularisées par Dédé et ses Colocs (toutes très joliment balancées par Sébastien Ricard) permettent la création de la grande majorité des scènes fortes et poignantes. Y en a-t-il trop? Possiblement. Si ce ne sont pas les succès qui manquent pour démontrer ce qu’a accompli André Fortin à la barre de son groupe, un cinéphile non initié à la musique de la défunte formation pourrait fort bien trouvé agaçant d’être soumis à un long métrage dont l’atmosphère sonore est à ce point tapissé de pièces, aussi rythmées puissent-elles être. Au moins, ces morceaux choisis du catalogue des Colocs viennent souvent alimenter et redonner du souffle à des passages trop communs. Alors que la relation amicale entre Dédé et Pat (joueur d’harmonica) a tout pour être convaincante et touchante, les autres liaisons laissent parfois de glace. Un manque d’émotions flagrant dont la cause est probablement imputable aux faits et gestes calculés à l’extrême. On ne sent pas le petit côté détendu ni une quelconque improvisation. Dommage.

Se retrouvant seul à la barre d’un film destiné au grand écran depuis la bizarre comédie Matroni et moi (qui remonte à 10 ans), Jean-Philippe Duval a transporté avec lui sa facture visuelle stylisée à l’extrême et son souci du détail, deux choses qui irritent. Outre les éléments d’animation en début et en fin de parcours, le réalisateur n’a pas trouvé de moyens imaginatifs pour nous replonger dans ces années où Dédé et sa bande avaient le vent dans les voiles. Bien souvent, les idées artistiques proposées semblent sorties de vidéoclips. D’ailleurs, il arrive à quelques reprises que le tout soit présenté de façon telle qu’on a l’impression de regarder deux ou trois vidéoclips en succession. Les images léchées et la direction artistique poussée à l’extrême (les ruelles de Montréal et l’appartement délabré où tout commence pour le groupe n’ont pas l’air suffisamment délabrés) enlèvent une bonne part de crédibilité dont aurait grandement eu besoin l’ensemble.

Rempli de bonnes intentions Dédé, à travers les brumes est un beau film, esthétiquement parlant. Il est entraînant, mais exclusivement en raison des chansons. Il est touchant grâce à Sébastien Ricard qui accomplit du très bon travail. Si la reconstitution – costumes, lieux, épreuves et joies – est fidèle et bien présentée, on déplore l’absence de folie, la petite latitude que se serait donnée l’équipe pour rendre cet « hommage » particulier. Malheureusement, il faudra visiblement attendre le prochain « biopic » pour avoir droit à cela.

Par Yan Lauzon

Vu en version originale française.

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