Troie Affiche de film

Troie

Troy

  • Date de sortie: vendredi 14 mai 2004
  • Genre: Action/aventure

  • Réalisateur: Wolfgang Petersen
  • Producteur: Colin Wilson, Diana Rathbun, Wolfgang Petersen
  • Site officiel: www.troymovie.com
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Critique

Avant d'être un gros idiot animé sympathique et mangeur de beigne, Homère était un poète grec. Ses œuvres L'Iliade et L'Odyssée, deux récits épiques qui condensent la mémoire de 4 ou 5 siècles d'histoire de la Grèce antique, sont probablement ses plus significatives. C'est de L'Iliade dont s'inspire, très superficiellement, le film Troie de Wolfgang Petersen. Si le scénario de David Benioff retient les lieux et personnages principaux du récit, les similitudes s'arrêtent pratiquement là.

Lorsque le film débute, Hector et Pâris, les deux fils du roi Priam de Troie, sont à célébrer une nouvelle ère de paix avec Spartes et particulièrement son dirigeant Mélénas, frère du roi grec Agamemnon. Malheureusement, Pâris est tombé en amour avec Hélène, l'épouse de Mélénas, et décide de la ramener avec lui à Troie lorsqu'ils quittent la Grèce. Il n'en faut pas plus à Agamemnon pour se lancer dans une offensive implacable contre Troie sous le couvert d'aider son frère, lançant un millier de navires et son plus redoutable guerrier, Achille, à l'assaut des plages troyennes. Mais Troie n'a jamais été prise et ses murs sont solides, plus solides que l'armée grecque ne s'y attend…

Il y avait longtemps que je n'avais vu un film me tirailler autant entre le positif et le négatif. Pour chaque séquence réussie, un moment raté vient gâcher le plaisir. Pour chaque invention, un cliché survient. Pour chaque scène grandiose, des dialogues idiots font grincer des dents.

Le principal problème est qu'il manque au film un cœur, un centre émotionnel auquel le spectateur peut s'accrocher et vivre les événements du film. Chaque côté du conflit se bat pour les mauvaises raisons: le roi grec Agamemnon par pure soif de pouvoir, Troie pour protéger son prince qui a ravit la femme d'un autre homme. Cela nous laisse un peu entre deux eaux, sans s'investir ni d'un coté ni de l'autre. D'ailleurs le film lui-même se sait trop dans quel camp se placer. Achille (Pitt) est le héros en évidence mais il est arrogant, assoiffé de gloire et se bat du mauvais côté, pour un roi qu'il déteste. Hector (Bana) et son père Priam (Peter O'Toole) s'avèrent les plus honorables, mais les gens avec la moindre notion d'histoire grecque savent qu'ils sont condamnés dès le départ. On évite donc aussi à s'investir en eux. Quant à Pâris et Hélène, leur aventure est beaucoup trop superficielle et égoïste pour attirer nos sympathies, deux inconscients égocentriques qui n'hésitent pas à causer la mort de dizaines de milliers de personnes.

Alors qu'on nous propose une épopée qui se veut grandiose et à grand déploiement, Troie est plutôt à son meilleur lorsqu'il se concentre sur les affrontements individuels de personne à personne, au lieu des spectacles générés par ordinateurs et dépersonnalisés. Donc entre deux combats de foules virtuelles contre des virtuelles, les affrontements entre Achille et Hector, Mélénas et Pâris et Achille et Priam représentent les grands moments du film. Les scènes de foule sont trop artificielles et tournées de façon quelconque pour générer le suspense. Par contre lorsque le film prend le temps de se concentrer sur les hommes mythiques qui ont fait la légende, Troie prend son essor et réussit à faire vibrer… un peu. Tout comme la finale, à la fois grandiose et intimiste, tout en servant de clin d'œil à la saga du Seigneur des anneaux, clairement une inspiration pour Petersen et son directeur des effets spéciaux.

Peut-être que Pitt joue si froidement parce qu'il incarne un quasi-dieu mais je ne l'ai pas trouvé très bon dans le rôle d'Achille. Si l'acteur a prouvé maintes et maintes fois qu'il n'a pas peur de jouer contre nature et d'être antipathique, il semble cependant incapable de générer une chaleur véritable. Beau et sculpté comme un Chippendale pour le film, Pitt rend bien le caractère arrogant d'Achille mais moins l'émotion lors des séquences subséquentes. Brian Cox et Brendan Gleeson s'en donnent à cœur joie dans les rôles des frères Agamemnon et Mélénas mais frisent la caricature du méchant de service.

C'est du côté de Troie qu'on retrouve les interprétations les plus nuancées et complètes. Eric Bana dans la peau d'Hector se tire particulièrement bien d'affaires mais c'est surtout O'Toole, véritable monument du cinéma, qui élève le film de plusieurs crans à chacune de ses apparitions. Orlando Bloom a le rôle ingrat de Pâris, celui par qui la guerre arrive. Naïf, inexpérimenté et centré sur lui-même, Pâris se voit forcé de vieillir rapidement dans al dernière partie du film. Bloom s'en tire pas si mal. Diane Kruger incarne Hélène et n'arrive pas à effacer le fantôme d'Ursula Andress, à qui elle ressemble étonnamment.

Curieusement, Troie est à la fois trop long et pas assez. Trop long parce que les combats sont interrompus à deux reprises pour étirer le film. Pas assez long parce qu'il y a trop de contenu et d'histoire à traiter en un seul film. L'enlèvement d'Hélène par exemple, selon Homère, s'est étiré sur dix ans, avant que les grecs ne viennent la récupérer. Il y a beaucoup de personnages, beaucoup d'intrigues secondaires et d'affrontements trop superficiellement traités, à cause du temps qui presse. Et pourtant le film dure déjà 2h40.

Il manque à Troie le sens tragique qu'on retrouvait dans d'autres films de Petersen, il lui manque aussi la tension qu'on retrouvait aussi dans des œuvres précédentes du réalisateur. Troie est un produit édulcoré grand publique, à la limite du PC où personne ne veut être vraiment méchant et personne vraiment bon, au lieu d'une fresque sauvage, grandiose et bouleversante qu'elle aurait pu être. C'est un divertissement adéquat, sans plus.

par Nicolas Lacroix

vu en version originale anglaise

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