Blade 3 : la trinité Affiche de film

Blade 3 : la trinité

Blade: Trinity

  • Date de sortie: mercredi 8 décembre 2004
  • Genre: Action/aventure

  • Réalisateur: David S. Goyer
  • Producteur: David S. Goyer, Lynn Harris, Peter Frankfurt
  • Site officiel: www.bladetrinity.com
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Critique

Il arrive souvent dans les films d’épouvante et de science-fiction que le créateur d’une monstruosité finisse par chercher à détruire lui-même sa création à la Frankenstein. David Goyer, scénariste des trois films de la série Blade, fait la même chose en prenant les commandes du troisième film derrière la caméra. Ironique au maximum que tous les vampires de la Terre cherchent une arme pour détruire Blade alors que tout ce qu’il fallait, c’était son scénariste original. Le film que Goyer a réalisé (sa première réalisation et ça parait) est bruyant, souvent amateur et occasionnellement amusant. C’est aussi le pire des trois films et marque la fin pour Blade selon moi.

Des vampires décident de réanimer leur ancêtre, le vampire original, Dracula. Ils ont besoin de son ADN pour infecter la race humaine plus efficacement ou quelque chose du genre. En même temps, un groupe de vampires mené par Danica Talos décide d’utiliser la faiblesse perçue de Blade contre lui, c'est-à-dire la race humaine. On s’arrange pour que Blade devienne recherché par la police américaine et mis hors circulation. Arrêté par les autorités, Blade se découvre de nouveaux alliés dans sa lutte incessante contre les vampires.

Le premier film de la série était un film efficace, délicieusement adulte pour un film tiré d’une bande dessinée, sans être un chef-d’œuvre (loin de là). Le second film était beaucoup plus inspiré et semblait bénéficier d’un budget adéquat pour réaliser la vision de Guillermo del Toro. Cette fois, c’est tout le contraire : le budget semble inexistant, l’ambition fait défaut et le scénario manque totalement d’originalité. On se demande comment l’homme qui a écrit les deux premiers films peut être le même qui a écrit le troisième.

Si l’inspiration d’un affrontement entre Blade et Dracula vient directement de la bande dessinée à l’origine de Blade (Tomb of Dracula), le résultat final s’avère bien en deçà des attentes d’une telle confrontation. Goyer se vautre dans la parodie excessive tant dans la façon dont il dirige ses acteurs que dans la façon dont il traite Blade et les vampires en général. Sans parler de Dracula, qui se voit réduit en un rejet du groupe Creed, un individu trop humain, sans menace, sans charisme et sans aucune présence. L’embauche de Dominic Purcell pour l’incarner s’avère un des pire choix de casting de l’année.

Goyer concentre donc tous ses efforts sur les Nightstalkers, un groupe de combattants mené par Abigail Whistler, la fille du seul ami de Blade, jouée par Jessica Biel (Texas Chainsaw Massacre version 2003). On y retrouve également Hannibal King, joué par le canadien Ryan Reynolds (National Lampoon’s Van Wilder. Le personnage de Hannibal King fit son apparition dans le 25e numéro de la bande dessinée Tomb of Dracula. Dans le « comic », King était un ex-vampire (transformé ainsi par Deacon Frost, le méchant du premier film) qui se lia avec Blade pour fonder une agence de détectives du surnaturel. Dans le film, Hannibal King est encore un ex-vampire (Frost n’est cependant jamais mentionné) qui combat déjà les vampires avec Abigail.

Ces deux personnages sont les seuls à avoir un peu de couleur, un peu de dimensions et Goyer leur réserve les meilleurs moments. Tellement qu’on a souvent l’impression que Blade est relégué au rôle de figurant dans son propre film. Biel et Reynolds en particulier dégagent ce qu’il faut de charisme et de sympathie et on ne serait pas surpris de les retrouver dans leur propre film dans un avenir rapproché.

Les autres acteurs du film ne sont pas aussi chanceux. Parker Posey évoque plus la « drag queen » que la chef vampire dans son rôle de Danica Talos, tandis que Kris Kristofferson (Whistler) disparaît en un clin d’œil. Le lutteur Triple H a l’air perdu dans une pièce de théâtre amateur. Quant à Wesley Snipes, il tente tant bien que mal de maintenir son air stoïque et de prendre le matériel au sérieux mais ses efforts sont sabotés à chaque tournant par Goyer, qui lui préfère Hannibal et Abby.

La série Blade n’a jamais été un monument du cinéma avec un grand C, mais le troisième volet réduit la franchise à son plus petit dominateur commun, un long vidéoclip rempli de placement de produits. De nombreuses séquences d’action sont montées de façon maladroite, à les rendre incohérentes. Les personnages secondaires vont et viennent sans aucun approfondissement, l’intrigue n’a pas de sens et n’intéresse pas du tout et les vampires ne possèdent aucune menace.

Le peu que Goyer réussi bien: une certaine continuité avec le second film dans l’allure « vampiresque » de Dracula (je parle des mandibules des « Reapers » de Blade 2), quelques passages d’action pas si mauvais, l’humour du sympathique Reynolds et l’interaction de Blade avec les autorités.

Outre cela, comme fan de la série, Blade 3 m’a beaucoup déçu, l’ajout de Jessica Biel et Ryan Reynolds étant le bon coup de ce volet. Si l’on poursuit, que ce soit avec Blade ou les Nightstalkers, je pense que Goyer devrait céder sa place. Blade ne l’intéresse visiblement plus.

La rumeur veut qu’une version plus longue de Blade existe et on la verra peut-être sur DVD. Je ne sais pas si l’idée me donne espoir ou des frissons d’horreur.

par Nicolas Lacroix
vu en version originale anglaise

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