King Kong (v.f.) Affiche de film

King Kong (v.f.)

King Kong

  • Date de sortie: mercredi 14 décembre 2005
  • Genre: Action/aventure

  • Réalisateur: Peter Jackson
  • Producteur: Carolynne Cunningham, Fran Walsh, Jan Blenkin, Peter Jackson
  • Scénario: Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens
  • Studio: Universal Pictures
  • Durée: 3h 05m
  • Site officiel: www.kingkongmovie.com
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Critique

Oh! Comme on l’attendait. Certains avec une anticipation aigue parce que c’était le retour du Seigneur des anneaux Peter Jackson, d’autres avec « une brique et un fanal » parce que d’un c’était une reprise d’un monument du cinéma et deux parce que c’était un film de « grosse bibitte » et le souvenir de Godzilla 1998 en hante encore plusieurs (pas moi, puisque je l’ai trouvé correct, ce lézard géant). Le « buzz » des projections-tests était grandiose : on parlait de chef-d’œuvre dans certains cas. Bien que le mot soit trop fort, il est indéniable que Peter Jackson a accouché d’un très grand film.

Ça va mal pour le cinéaste Carl Denham. Ses bailleurs de fonds veulent le foutre à la porte sans le laisser compléter son projet le plus ambitieux et son actrice principale l’a laissé tomber. Il se précipite avec son équipement et son équipe et part à la sauvette à bord du navire Venture, en route vers une destination mystérieuse connue seulement de lui, mais pas avant d’avoir recruté Ann Darrow, une jeune actrice sans le sou. Une fois la mystérieuse île découverte, Denham et sa bande sont confrontés à un monde hostile dont ils ne reviendront pas tous.

Voici une autre réalisation monumentale de Jackson. Le cinéaste néo-zélandais cherche depuis son plus jeune âge à refaire King Kong (celui de 1933 évidemment), le film qui l’a inspiré à devenir réalisateur. Dès les premières images, de superbes reconstitutions du New York de la grande dépression, la passion de Jackson suinte de l’écran. Le réalisateur utilise près d’une heure pour établir des personnages beaucoup plus tridimensionnels que le film original. D’ailleurs Jackson et ses co-scénaristes Fran Walsh et Philippa Boyens s’amusent tout en rendant hommage au film original, notamment lors d’une séquence où leur vedette masculine Bruce Baxter « improvise » des dialogues ridicules, dialogues tirés tout droit du film de 1933! Malgré les efforts du trio, cette première portion fait un peu trop Titanic pour vraiment venir nous chercher et l’ennui menace.

C’est une fois le Venture arrivé sur l’île que le film démarre vraiment. Si King Kong n’était constitué que de la portion sur Skull Island, je n’hésiterais pas un moment à lui décerner cinq étoiles. Vu sa durée de 3 heures 7 minutes par contre, il est clair que Jackson aurait pu couper une dizaine de minutes de la première partie sans aucun problème et sans limiter ses personnages.

Quelques mois de plus pour fignoler les effets auraient également aidé le film. 90% des effets sont renversants de qualité, ce qui en fait que plus ressortir les moments mal réussis. Aucun doute qu’il ne s’agit pas d’une question d’habileté ici mais de temps, le film ayant été fignolé jusqu’à la dernière seconde (vous verrez d’ailleurs que certaines scènes de la bande-annonce sont absentes du produit final). Outre ces petits agacements, Jackson et Cie. nous offrent énormément de jamais vu à l’écran.

Les effets spéciaux à la plus fine pointe de la technologie ne vaudraient cependant pas grand chose si on ne s’impliquait pas émotionnellement dans le film et c’est certainement là la plus belle réussite du réalisateur. Je ne voudrais pas connaître le coeur dur qui ne se laissera émouvoir par le grand gorille et sa rencontre avec la « civilisation ». Cette dimension émotionnelle palpable est due à un scénario habile, où Jackson, Walsh et Boyens marchent constamment en équilibre sur une mince corde qui pourrait chavirer à tout moment dans le kitch ou la mièvrerie. L’émotion omniprésente est surtout due à deux acteurs hors du commun : Naomi Watts et Andy Serkis.

Naomi Watts est magnifique dans le rôle périlleux et suprêmement difficile d’Ann Darrow. Elle traverse la corde raide de Jackson avec brio, sans tomber d’un côté ni de l’autre. C’est à elle que revient le défi gigantesque de nous faire croire à Kong et elle y réussi admirablement bien. Sa grâce, son charme et son talent font également en sorte qu’on croit à cette belle qui calmera la bête. Elle ne sera pas reconnue par les diverses organismes mais Watts mériterait certainement une nomination ou deux.

Après avoir « incarné » Gollum pour Jackson, Andy Serkis nous refait le coup de nous faire nous impliquer dans la destinée d’une créature faite de 0 et de 1. En plus d’incarner un amusant cuisinier, Serkis a « joué » Kong, lui prêtant ses mouvements et surtout ses expressions faciales. Son Kong s’avère plus humain que bien des personnages de film, exprimant tour à tour de la rage, de la peine, de l’amusement et de l’amour. La symbiose entre Jackson, l’équipe d’animateurs et Serkis est impeccable.

Jack Black s’en tire plutôt bien dans un rôle plus dramatique, même si le personnage de Carl Denham sera en bout de ligne un peu plus unidimensionnel qu’on ne l’aurait cru. Adrien Brody, Jamie Bell, Kyle Chandler et les autres acteurs secondaires sont à la hauteur de ce que le scénario leur demande.

La très belle musique de James Newton Howard, qui n’a eu que deux mois pour la composer, rehausse l’atmosphère du film à chaque moment, sans la souligner à outrance. Dans un film où le protagoniste principal ne peut parler, la musique prend une importance cruciale et Newton Howard en est conscient.

Jackson fait exactement ce que toute personne qui entreprend une reprise devrait faire : il respecte l’original tout en le rehaussant de façon significative, grâce aux moyens technologiques du jour et à un scénario plus touffu. Il s’amuse même à refaire la fameuse séquence du « spider pit », une séquence légendaire du film original jamais produite mais prévue au scénario 1933. Et quelle séquence cela donne! Vous ne regarderez plus jamais les vers de terre de la même façon.

Le film de Jackson est touchant, impressionnant, amusant, épatant et souvent renversant. Un peu long, certes, mais certainement la version définitive de cette belle tragédie américaine qu’est King Kong.

par Nicolas Lacroix
vu en version originale anglaise

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