Rage meurtrière Affiche de film

Rage meurtrière

The Grudge

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Critique

Pour les vrais fans d’horreur, depuis quelques années, la source intarissable d’épouvante efficace se trouve non pas en Occident mais bien en Orient. Japon, Corée, Chine nous balancent sur la gueule une suite presque incessante de films qui vous jettent par terre, qui sont inventifs et tout aussi important, qui font peur. Si vous avez un penchant pour le cinéma de l’étrange, vous vous devez de voir Audition (tout les films de Takashi Miike en fait), The Eye des frères Pang, Versus de Kitamura, Battle Royale de Fukasaku et bien d’autres. Une poignée de clubs vidéo offrent ces films (Vidéo Centre-Ville à Québec en est un excellent exemple) ou encore faites comme moi : devenez membre de eBay et amusez-vous à découvrir.

Tout comme le cinéma d’Hollywood s’est approprié le film d’action de Hong Kong, les américains sont maintenant à s’approprier les terreurs asiatiques comme en témoignent les « remakes » de Ringu et The Grudge (celui de The Eye est également en préparation, produit par Tom Cruise). Et comme par hasard, en ces deux occasions, les films s’avèrent à mille lieues de l’habituelle horreur générique et ennuyante nord-américaine. Rage meurtrière/The Grudge est une réussite équivalente à Le Cercle/The Ring mais pour des raisons différentes.

Un mythe japonais veut que lorsqu’une personne meurt en ressentant une énorme tristesse ou rage, cette rage se transforme en malédiction qui habite le lieu où ces gens sont morts. La malédiction se transmet ensuite comme un virus à chaque personne qui visite le lieu maudit. Quelques américains qui se retrouvent au Japon pour diverses raisons entreront en contact avec cette rage venue de l’au-delà. Bien peu s’en sortiront…

J’aimerais préciser que j’ai vu Ju-On : The Grudge 2 (la suite japonaise du film original) mais pas le premier, je ne pourrai donc pas comparer directement l’original et la reprise. Par contre, tous les films de la série (il y a eu deux téléfilms, deux films et la reprise américaine jusqu’à maintenant, tous réalisés par Takashi Shimizu) semblent avoir exactement la même atmosphère, la même facture visuelle et le même genre d’intrigue. Si les morts de Ju-On 2 offrent plus de variétés que Rage meurtrière/The Grudge, les trames narratives sont effectivement identiques.

Bien que moins léché esthétiquement que Le Cercle/The Ring, Rage meurtrière/The Grudge s’avère probablement plus efficace au niveau tension. Il y avait des années que je n’avais pas vu une salle de cinéma réagir autant. Si l’on poursuit la comparaison avec Le Cercle/The Ring, l’intrigue de Rage meurtrière/The Grudge est moins bien ficelée et s’avère plutôt simpliste. Il s’agit, à la base, d’une histoire de maison hantée, ni plus ni moins. Un à un les personnages entrent en contact avec un des spectres hantant la demeure puis on passe au suivant.

L’habile réalisateur nous fait peur avec bien peu, un visage blanchâtre et des sons inquiétants mais fabuleusement efficaces. Il créé l’anticipation de la confrontation puis livre la marchandise de manière spectaculairement efficace.

Si la distribution presque entièrement américaine ne distrait pas trop, on aurait cependant préféré que le film original nous soit présenté en salle (il l’a été quelques semaines dans certains marchés aux États-Unis) plutôt que de tourner une reprise. Néanmoins, Sarah Michelle Gellar incarne convenablement l’héroïne, tout comme Clea DuVall, Bill Pullman et les autres (à l’exception possible de l’ennuyant Jason Behr). C’est seulement que la coïncidence de tous ces américains au Japon frappés par la même malédiction dérange un peu. On a tout de même eu la bonne idée de demander au sympathique Ryo Ishibashi (Audition, Suicide Circle) de tenir le rôle du détective chargé de l’enquête.

Une autre reprise américaine réussie donc, même si elle n’est ni aussi subtile ni aussi visuellement épatante que Le Cercle/The Ring. Simple et direct, Rage meurtrière/The Grudge est foutrement inquiétant et remplit admirablement sa mission : faire peur.

par Nicolas Lacroix
vu en version originale anglaise

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